Les preuves de l'évolution par la sélection artificielle

1 Génération de races par sélection artificielle

Une race est un groupe d'animaux dont la sélection par l'Homme aboutit à une allure relativement uniforme, héréditaire, qui la distingue des autres races issues de la même espèce sauvage. On peut comparer la race à la sous-espèce, variété naturelle d'une espèce sauvage, due à un isolement géographique suivi d'une dérive génétique. Les races sont le produit d'un choix humain délibéré, soit pour des raisons économiques, soit pour des motifs esthétiques ou des rituels. Les animaux de boucherie, par exemple, ont évolué, sous la pression humaine, vers des animaux plus viandeux.

Changement de la conformation des Suidae sous l'influence de la domestication (d'après Hintnaus, 1988).

Certaines races ont été fixées très anciennement, comme l'atteste, par exemple, l'iconographie des bas-reliefs égyptiens, sur lesquels figurent des lévriers et des teckels.

Diverses races de chiens égyptiens vers 2500 AC (d'après Senglaub, 1976).

Haute Egypte, environ 2400 AC (d'après Benecke, 1994).

Statuette de cochon. Iran, 6500 AC (d'après Benecke, 1994).

Le tableau suivant donne une idée de l'époque, parfois très reculée, des premières preuves de domestication de divers animaux par l'Homme.

Espèce

Epoque

Région de domestication

Chien

14000 AC

Eurasie

Renne

10000 AC

Sibérie

Chèvre

7000 AC

Proche-Orient

Mouton

7000 AC

Proche-Orient

Porc

7000 AC

Proche-Orient

Cochon d'Inde

6500 AC

Amérique du Sud

Bœuf

6300 AC

Proche-Orient, Balkans

Yak

6300 AC

Tibet

Zébu

6000 AC

Baluchistan

Lama

5500 AC

Amérique du Sud

Alpaga

4000 AC

Amérique du Sud

Ane

4000 AC

Egypte, Proche-Orient

Banteng

3500 AC

Indochine

Cheval

3500 AC

Ukraine

Chat

3000 AC

Egypte

Dromadaire

3000 AC

Péninsule arabe

Buffle domestique

2750 AC

Inde

Chameau

2600 AC

Iran, Turkménistan

Eléphant d'Asie

2500 AC

Inde

Souris

1400 AC

Proche-Orient

Furet

500 AC

Péninsule ibérique

Rat musqué

260 AC

Amérique du Nord

Chinchilla

1000

Amérique du Sud

Lapin

1200

Europe

Rat surmulot

1800

Amérique du Nord

Vison

1866

Amérique du Nord

Hamster

1930

Syrie

Darwin illustra le concept de la sélection à l'aide d'exemples plus récents d'élevage sélectif de plantes et d'animaux domestiques. Les éleveurs sélectionnent les bovins pour augmenter leur production de viande (race blanc-bleu belge) ou de lait (des individus de la race Prim'Holstein produisent jusqu'à 18000 L de lait par an, contre 2000 L jadis!), ou la teneur en matières grasses du lait (race Jersey ou jersiaise française). La domestication transforme les animaux, et beaucoup de plantes sont le résultat de croisements pratiqués par l'Homme.

Vache de race Prim'Holstein

Vache jersiaise française

Taureau blanc-bleu belge

Par exemple, la race Blanc-bleu belge a été créée en Wallonie au XXè siècle à partir d'une population assez hétérogène de bovins laitiers ayant reçu au XIXè siècle des infusions de sang anglais Shorthorn. A la suite de la sélection rigoureuse du gène culard, sont apparus des animaux à la musculature exceptionnelle.

Les changements apparaissant en peu de générations sont une preuve que l'évolution des espèces par sélection est possible.

2 Histoire de l'évolution des blés cultivés

Il y a 10 000 ans, au début du néolithique, au Proche-Orient, débuta la culture de l'orge et du blé, les premières plantes cultivées, remplaçant la cueillette devenue excessive pour subvenir aux besoins des communautés. Cultivant un blé sauvage, Triticum baeoticum poussant actuellement dans la péninsule balkanique et en Crimée, les Hommes produisirent par domestication l'engrain Triticum monococcum. Les effets de la domestication furent multiples. L'Homme sélectionna de façon consciente les plus gros grains, qui, après germination, donnaient des plantes à gros grains. Mais l'agriculture eu également un effet de sélection inconsciente, en ne permettant que la récolte des grains portés par les rachis les moins cassants, n'ayant pas perdu leurs grains, et en uniformisant la période de maturation des grains, puisque l'on récolte le blé mûr. L'engrain fut remplacé par l'amidonnier sauvage Triticum dicoccoides, hybride de l'engrain avec Triticum speltoïdes, qui rassemble les caractères de l'amidonnier ne provenant pas de l'engrain. Normalement, une plante hybride présente des chromosomes parentaux trop différents pour permettre leur appariement (tétrade) lors de la méiose de la gamétogenèse, et la plante hybride est stérile. Mais si, lors de la première mitose de la graine, le froid (ou artificiellement la colchinisation) empêche la séparation des chromosomes dupliqués (empêchant en réalité la polymérisation des microtubules du fuseau mitotique), la première cellule devient tétraploïde, ce qui donnera une plante fertile car normale quant à ses chromosomes. Triticum dicoccoides est un tel hybride tétraploïde fertile. L'amidonnier cultivé, le blé des Pharaons, Triticum dicoccon, espèce domestiquée par sélection de l'amidonnier sauvage, a historiquement dominé l'agriculture, de 8000 à 1000 AC, et est encore localement cultivé dans le S-E de l'Europe et en Russie. Il donna par sélection le blé dur, le blé des Romains, Triticum durum, cultivé aujourd'hui à grande échelle pour le couscous et les pâtes. Une autre hybridation avec polyploïdie entre l'amidonnier cultivé et Triticum tauschii est à l'origine des blés hexaploïdes, qui, par sélection, ont donné l'épeautre, Triticum spelta, cultivé comme fourrage en Ardennes, et le froment ou blé tendre, Triticum aestivum si répandu. Ces derniers donnent une farine panifiable car ils ont reçu de Triticum tauschii un gène codant pour un complexe protéique élastique, le gluten. On produit du pain en cuisant une pâte pétrie, soumise à des efforts toujours orientés dans le même sens, qui ont créé une structure particulière en étendant le réseau protéique du gluten. En 1950, des généticiens ont créé l'espèce octoploïde Triticale, hybride fertile intergénérique entre Triticum aestivum et le seigle Secale cereale, qui a les avantages de produire beaucoup de farine panifiable, de pousser sur des terrains pauvres et de bien résister au froid. En outre, cette espèce est cléistogame.

3 Sélections artificielle et naturelle

Si les changements apparaissant en peu de générations constituent, pour Darwin, une preuve que l'évolution des espèces est possible par sélection artificielle, une faiblesse de sa théorie était, à l'époque, de ne pouvoir prouver qu'une sélection naturelle existe à l'instar de la sélection artificielle. Ceci fut démontré plus tard.